Vanille sans intermédiaire : pourquoi nous travaillons directement avec les producteurs

Il suffit de poser une question simple, « d'où vient cette gousse et qui l'a cultivée ? », pour mesurer à quel point le marché de la vanille peut paraître opaque, car entre la liane et le tube posée sur une étagère, la route passe souvent par de nombreuses mains dont on ne connaît ni le nom ni le rôle. Cette distance n'est pas qu'un détail logistique, puisqu'elle influence le prix que reçoit le producteur, la qualité de ce qui arrive jusqu'à nous et la confiance que l'on peut accorder à une étiquette.

C'est pour cette raison que, chez Upya Botanica, nous avons choisi de travailler en direct avec les producteurs, sans intermédiaire, et cet article explique ce que cela signifie, pourquoi le contexte du marché mondial rend cette démarche importante à nos yeux, et ce que chacun peut demander à son fournisseur pour y voir plus clair.

Un marché précieux, mais fragile

La vanille est l'une des épices les plus chères au monde, et son marché repose sur un nombre très restreint de pays producteurs, Madagascar fournissant à lui seul environ 80 % de la vanille naturelle mondiale, ce qui rend l'ensemble de la filière particulièrement sensible aux aléas. Un acteur du secteur cité par le Financial Times estimait ainsi que les acheteurs et les vendeurs véritablement importants se comptent par quelques dizaines seulement, ce qui contribue aux fortes variations de prix que l'on observe d'une année à l'autre, avec en toile de fond les cyclones, les mauvaises récoltes et la spéculation.

Une enquête de l'organisation danoise Danwatch rappelle que ces variations touchent d'abord les producteurs, puisque lorsque les prix sont bas, certains arrachent leurs lianes, ce qui réduit l'offre pendant au moins trois à quatre ans, le temps qu'une nouvelle plantation arrive à maturité. La vanille est une culture lente par nature, et cette lenteur la rend particulièrement vulnérable aux soubresauts d'un marché qui, lui, réagit très vite.

Quand la chaîne compte trop de maillons

Dans les régions productrices les mieux documentées, notamment le nord-est de Madagascar, la vanille passe typiquement par plusieurs étapes avant de quitter le pays, des collecteurs de village qui achètent aux producteurs, jusqu'aux exportateurs, en passant par des intermédiaires régionaux, et chacun de ces maillons prélève sa marge. Selon le Financial Times, la plus grande part des profits va aux acheteurs, aux intermédiaires et aux exportateurs plutôt qu'aux producteurs, et les collecteurs interrogés par Danwatch revendent la vanille à un prix nettement supérieur à celui qu'ils ont payé.

Certains mécanismes financiers rendent la situation plus fragile encore. L'organisation Verité décrit les « flower contracts », des prêts consentis après la récolte par les intermédiaires qui achèteront ensuite la récolte, et dont la garantie est la future récolte elle-même, de sorte que les producteurs finissent parfois par vendre leur vanille à un prix inférieur à celui sur lequel leur emprunt avait été calculé, ce qui les enferme dans l'endettement. Un rapport de l'Initiative mondiale contre la criminalité organisée transnationale mentionne en outre des cas de fraude dans lesquels des collecteurs prennent la vanille sans verser les paiements promis.

Prix élevés, vols et récoltes précoces : l'effet sur la qualité de la gousse

Lorsque les prix montent, la vanille devient une cible : des travaux de l'Université de Göttingen sur les producteurs du nord-est de Madagascar montrent que les hausses de prix attirent des négociants informels et s'accompagnent d'une multiplication des vols, ce qui pousse les producteurs à récolter leurs gousses avant maturité pour ne pas risquer de les perdre. Des producteurs dorment parfois dans leurs champs pendant la récolte, et certains paient des gardes pour surveiller leurs plants, comme le rapporte la presse à propos de la région de Sava.

La conséquence se retrouve directement dans la gousse, car une gousse cueillie trop tôt n'a pas eu le temps de développer la richesse aromatique qui fait la valeur d'une vraie vanille. Le Financial Times relate d'ailleurs qu'un village qui avait réorganisé sa chaîne avec des entreprises acheteuses avait vu, selon ses propres estimations, les vols passer d'environ 80 % à 10 %, ce qui suggère qu'une chaîne plus courte et plus transparente peut réduire une partie de ces tensions.

Il convient de préciser que ces dynamiques sont documentées surtout à Madagascar, premier producteur mondial, et qu'elles ne décrivent pas nécessairement la réalité de chaque région productrice. Elles aident toutefois à comprendre pourquoi la question de la chaîne d'approvisionnement se pose avec une telle acuité dans la vanille.

Ce que change le travail en direct

Travailler directement avec les producteurs ne résout pas, à lui seul, tous les problèmes d'un marché complexe, et il serait malhonnête de le prétendre. En revanche, cela nous permet de savoir précisément d'où vient chaque gousse et qui l'a cultivée, de discuter ouvertement du moment de la récolte et des étapes d'affinage, et de construire avec les producteurs une relation qui repose sur la durée plutôt que sur l'urgence d'une transaction.

Pour une marque comme la nôtre, cette proximité offre aussi une clé de qualité, parce qu'une gousse cueillie à maturité et affinée avec patience exige du temps, de la confiance et un dialogue régulier avec celles et ceux qui la travaillent. Elle nous donne enfin la possibilité de raconter honnêtement l'histoire de ce que nous vendons, depuis la fécondation de chaque fleur jusqu'à la fermentation des gousses, avec le désir de faire connaître les gens derrière le produit, et nous imaginons même des façons de prolonger cette transparence auprès de notre communauté.

Comment y voir plus clair quand on achète de la vanille

Que l'on soit chef, torréfacteur, restaurateur ou simple amateur de vraie vanille, quelques questions simples permettent de mieux comprendre ce que l'on achète : savoir de quelle région exacte viennent les gousses, si le fournisseur connaît les producteurs et travaille directement avec eux, à quel stade de maturité la vanille a été récoltée, comment elle a été affinée et séchée, et dans quelle mesure le prix payé en amont peut être expliqué. Un fournisseur à l'aise avec ces questions, qui répond avec précision plutôt qu'avec des formules générales, offre déjà un premier signe de transparence, et les réponses, même partielles, en disent souvent long sur la solidité de la chaîne.

En résumé

Le marché de la vanille concentre une grande part de sa production dans un nombre limité de régions et passe souvent par de nombreux intermédiaires, ce qui entraîne des prix très instables, une part réduite des profits pour les producteurs dans les chaînes les mieux documentées et, lorsque les prix montent, des récoltes parfois précoces qui nuisent à la qualité. Travailler en direct avec les producteurs ne supprime pas ces difficultés, mais cela permet de connaître l'origine de chaque gousse, de privilégier la maturité et la patience, et de bâtir une relation dans la durée, ce qui correspond à la vision d'Upya Botanica : une vanille rare, lente et vraie, dont on peut raconter l'histoire sans rien cacher.

Sources

  • Danwatch, Price volatility hurts both vanilla farmers and companies, enquête sur la volatilité des prix, les intermédiaires et les vols de vanille à Madagascar.

  • Pilling, D., The real price of Madagascar's vanilla boom, Financial Times.

  • Verité, Trafficking Risk in Sub-Saharan African Supply Chains: Vanilla, fiche sur la filière vanille à Madagascar.

  • Université de Göttingen, Caught between theft and rapidly rising prices, étude sur les petits producteurs de vanille du nord-est de Madagascar durant le boom de 2016-2018.

  • The EastAfrican, Madagascar's vanilla sector thrown into turmoil, article reprenant un rapport de la Global Initiative Against Transnational Organized Crime.

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